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Toujours prêt à exposer son point de vue sur des événements et des pensées qui le dépassent, c'est très gentiment que Lilian Thuram a bien me rejoindre pour une courte interview sincère et sensible.
RICARD BURTON: Lilian, vous êtes la caution intellectuelle des champions du monde 98, que pensez-vous de la tragédie survenue à Haïti ?
LILIAN THURAM: Je ne sais pas Ricard, je n'ai pas la télévision.
RICARD BURTON: Comment faites-vous donc pour apprécier votre amie Karine Le Marchand depuis la rentrée sur M6 ?
LILIAN THURAM: Nous avons établi un pacte entre nous. Je ne regarde pas ses émissions et elle ne me regarde pas quand je passe à la télé. Elle me dit que je fais trop de fautes de français. De mon côté, je lui dis qu'elle ne sait pas bien tacler.
RICARD BURTON: Elle a raison, très souvent, à chaque phrase presque, vous écorchez la langue française. Pourtant la petite lucarne semble friande de vos régulières interventions. Pensez-vous que nous devons nous inquiéter pour le niveau global du journalisme ?
LILIAN THURAM: Sans ambages, oui. Si j'en suis là, c'est que j'ai décidé de prendre des cours pour apprendre à parler posément et à m'exprimer sur le racisme et l'intégration. Il y avait une place à prendre, laissée vacante par Montand puis Bruel et consorts, Darmon et aujourd'hui d'autres. C'est Michel Onfray qui le premier m'a conseillé de porter des lunettes afin que mon discours s'épaississe et que les gens commencent à m'écouter.
RICARD BURTON: De dire des lieux communs à longueur de journée, n'est-ce pas fatigant? Cela fait près de dix ans que vous ressassez sans relâche les mêmes choses aux mêmes personnes. Vous ne servez pas à grand chose et pourtant on veut vous utiliser comme modèle: le type réfléchi et intégré qui sait causer dans le calme, exposer ses idées convenues sans s'énerver.
LILIAN THURAM: Je préfère être qui je suis plutôt que le petit fils de Nicolas Sarkozy qui n’aura d’autre avenir que de reprendre les rênes de Darty.
RICARD BURTON: Pour en revenir à la polémique lancée par Georges Frêche...
LILIAN THRURAM: Je vous coupe tout de suite Ricard, je suis socialiste de coeur et ce qu'a dit Monsieur Frêche est tout à fait recevable. Pourquoi donc y a t-il tant de gens de couleurs dans l'équipe nationale de football ? Parce qu'il est vrai qu'il y a beaucoup de blancs extrêmement performants que la FFF ne préfère pas voir sur les terrains. Le football est avant tout une affaire de banlieues et de cités. Le parisien, par exemple, n'est pas intéressé par ce sport car soit il est trop collectif ou parce que tout simplement il n'a pas le temps de regarder la télé trop occupé qu'il est au travail pour payer le loyer superficiellement trop élevé de son petit appartement dans la capitale. Du coup, la cible, c'est le jeune de cité. Celui-là même qui a le temps, qui va se mettre la misère pour s'offrir un t-shirt floqué du nom de son idole, regarder cent fois un but sur youtube et qui va investir dans le jeu de foot pour console. Et si ce jeune de cité voit évoluer une équipe de blancs sur le terrain, vous pouvez être certain qu'il ne va pas se sentir concerné et que donc, il ne va pas dépenser. ON fait croire que l’on s’intéresse à eux mais en vérité, on leur vole le peu d’argent qu’ils ont.
RICARD BURTON: Le football est donc raciste monsieur Thuram ?
LILIAN THURAM: Pas vraiment Ricard, il s'adapte à son temps. Tout comme Luc Besson à choisi de produire des films médiocres à destinations des banlieues, car au fond il les méprise, le foot veut s'adresser d'abord à son public et c'est tout aussi simple que cela.
RICARD BURTON: Et donc Eric Zemmour et son parallèle avec la traite des noirs ?
LILIAN THURAM: L'existence de ce type est pathologique de notre époque Ricard. Entre bonne pensée et le dégommage à tout prix. Il n'y a pas de juste milieu. Dommage pour lui car tout à fait entre nous, s'il n'était pas juif, j'irais bien à Méribel avec lui dévaler quelques pentes et savourer quelques raclettes.
* Interview réalisée avec Lilian Bithure.
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